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Les émotions en pratique

vendredi 22 décembre 2017, par WEBMASTER

Il n’existe pas de « bonnes » ou de « mauvaises » émotions car elles ont toutes un sens. Elles ne doivent pas être enfouies car elles sont une manière pour l’enfant de s’exprimer, et ce malgré le fait qu’elles puissent être inconfortables, insécurisantes mais également valorisantes.

Accueillir et accompagner le vécu émotionnel de l’enfant

Un enfant est une personne avec des pensées et des émotions qui lui sont propres. Il peut être très facilement envahi par ses affects, il est comme « prisonnier » de l’immédiateté de sa réponse émotionnelle, sans possibilité pour lui de le penser pour relativiser les choses.

Derrière son comportement et ses réactions courantes (pleurer, taper du pied, se rouler par terre, rire aux éclats…), le tout-petit affiche ses émotions qui échappent encore à son langage et à ses aptitudes cognitives à verbaliser.

Il ne sert donc à rien de réprimer les émotions d’un enfant, de l’empêcher de pleurer, de trembler ou de crier… car cela conduit à le rendre captif sans l’aider à comprendre. Lui donner la permission de libérer ses tensions contenues par l’émotion, et donc de dire sa souffrance, est une attitude qui lui permettra de se construire une personnalité solide et une plus grande sécurité intérieure.

Dans un premier temps, il est essentiel de laisser l’enfant décharger son émotion, sans tenter de le calmer : être présent à ses côtés, l’écouter, accompagner ses larmes, le serrer dans nos bras avec fermeté et tendresse jusqu’à la libération de l’émotion contenue. Car, après cette « explosion », viendra ensuite le retour au calme, la détente et le bien-être corporel.

Dès la naissance, le bébé va exprimer sa détresse et ses émotions « négatives » par des pleurs. Est-ce de la colère, de la tristesse ou de la peur qui se cache derrière ses pleurs ? Il va pleurer lorsqu’il a un besoin ou qu’il cherche à nous dire quelque chose, car son premier langage est le cri. En premier lieu, vérifier que tous ses besoins sont satisfaits (nourriture, couche propre…). S’il continue de pleurer, c’est qu’il a besoin d’être écouté et accompagné pour libérer ses tensions par des pleurs, avant un retour au calme. Ces pleurs diminuent ensuite progressivement grâce à l’accès au langage et à l’amélioration de la coordination motrice.

Peu à peu, l’enfant va apprendre à parler, mais tout ce qu’il ne saura pas dire par des mots il continuera à le dire par des cris et des pleurs. Parler à l’enfant de ce qu’il vit et ressent permet de préparer l’acquisition du langage et de verbaliser à son tour, quand il sera prêt.

Lorsque l’enfant est capable de s’exprimer par la parole, il est indispensable en premier lieu d’écouter ses émotions, avec bienveillance. Ecouter consiste à faire écho à l’émotion et à son vécu pour que l’enfant se sente accepté tel qu’il est, et avec ce qu’il ressent « Je vois que tu es triste » « C’est difficile pour toi de… ». Lorsque sa respiration redevient calme, cela peut laisser alors place à la parole : l’aider à mettre des mots sur ce qu’il ressent, nommer ses émotions, afin qu’il puisse les identifier et les comprendre. Il est inutile de lui demander pourquoi il pleure, car il chercherait à donner une explication rationnelle, parfois éloignée de sa réelle difficulté. Mais plutôt l’accompagner à exprimer ce qu’il éprouve :

  • « Qu’est-ce-qui se passe ? »
  • « Qu’est-ce que tu ressens ? »
  • « Qu’est-ce-qui te rend triste / en colère ? »
  • « De quoi as-tu peur ? »
  • « Qu’est-ce qui te préoccupes ? »
  • « Qu’est-ce qui te manques le plus ? »
  • « De quoi as-tu besoin ? »...

Son raisonnement peut alors sembler illogique à un adulte, mais c’est de cette façon qu’il perçoit la situation, qu’il l’interprète avec ses propres yeux d’enfant et qu’il y réagit à sa manière. C’est donc en l’accompagnant à verbaliser ses pensées que l’adulte pourra l’aider, en lui donnant parfois une information manquante ou en éclairant la situation d’un autre point de vue. L’adulte peut également aider l’enfant à mettre des mots sur son propre ressenti, par exemple en lui en suggérant et en lui demandant de confirmer « J’ai l’impression que tu es triste, en colère, déçu… Est-ce bien cela que tu ressens ? ». En effet, apprendre à mettre des mots sur ses émotions ne se fait pas en un jour, et cela prend du temps… En grandissant, l’enfant sera de plus en plus capable de nommer de manière de plus en plus précise ce qu’il ressent. A l’inverse, un enfant qui ne s’exprime pas, ne se fait pas entendre, risque de se renfermer sur lui-même ou de manifester un comportement pouvant être inadapté comme par exemple avec de l’agressivité. Lorsque l’enfant a confié suffisamment d’éléments sur la situation, il est possible de l’aider à trouver par lui-même une solution en reformulant ses propos (sans jugement ni interprétation), puis en l’amenant à y réfléchir

  • « Qu’est-ce-que tu peux faire ? »
  • « Comment puis-je t’aider ? »…

N’oublions pas également que, l’adulte se doit d’avoir lui-même un comportement adapté vis-à-vis de ses émotions car, montrer l’exemple est l’un de ses travails le plus important au quotidien… !

Les « caprices » ou les « comédies »

Un comportement excessif, déplacé ou peu ordinaire de l’enfant peut être qualifié de « caprice » par un adulte qui ne sait pas interpréter ces cris et ces pleurs. L’enfant ne se sent alors pas entendu, voire même dévalorisé, ce qui peut intensifier les manifestations. Or, à travers ce comportement, l’enfant dit quelque chose et exprime un besoin qu’il ne sait pas verbaliser autrement qu’au travers d’une émotion parfois très intense. Il a alors besoin de l’adulte : de son écoute, de son attention, de sa protection et/ou bien de son aide pour résoudre un problème. Ce n’est donc pas un « caprice », mais une émotion bloquée, un besoin caché. Il est donc essentiel d’accueillir son émotion, puis l’accompagner à dire ce qu’il ressent en lui et l’aider à mettre des mots sur son émotion et son besoin.

L’écoute respectueuse des émotions de l’enfant n’implique pas systématiquement la satisfaction des demandes. En revanche, l’enfant a besoin que l’expression de son émotion (ex : colère due à sa frustration car il a envie d’un jouet précis) soit entendue et respectée. Il est important de faire la distinction entre besoin (ex : besoin de manger, dormir…) et désir (envie de quelque chose). La frustration est inévitable dans la vie, elle est même nécessaire car elle aide à grandir, mais il est inutile d’en rajouter excessivement. Il est donc essentiel d’accepter d’écouter la colère de l’enfant pour l’accompagner dans le vécu de sa frustration.

Sept questions à se poser…

Dans son livre « Au cœur des émotions de l’enfant », Isabelle Filliozat propose sept questions à se poser « pour répondre (à presque) toutes les situations » :

  • Quel est son vécu ?
  • Que dit-il ?
  • Quel message ai-je envie de lui transmettre ?
  • Pourquoi je dis cela ?
  • Mes besoins sont-ils en compétition avec ceux de mes enfants ?
  • Qu’est-ce qui est le plus précieux pour moi ?
  • Quel est mon objectif ? Ces questions peuvent nous permettre de réfléchir sur nos réactions spontanées et notre façon d’accompagner l’enfant dans diverses situations, et ce de façon plus adaptée, avec un peu de recul !

Pour aider l’enfant à gérer ses émotions et à maîtriser son comportement, il est également utile de l’inciter à voir les choses du point de vue de l’autre, à développer son habileté à s’auto-observer, c’est-à-dire à découvrir comment son comportement apparaît aux autres. Lui expliquer les conséquences de ses actions pour les autres l’aide également à prendre conscience de leurs ressentis auxquels l’enfant peut s’identifier (ex : « Quand tu frappes un autre enfant, ça lui fait mal. »).

Tous les éducateurs qui entourent au quotidien l’enfant (parents, assistants maternels, familiaux, grands-parents…) ont un rôle à jouer dans cet accompagnement afin de l’aider à développer ses compétences psychosociales : à la fois son intelligence émotionnelle (ce qui se passe à l’intérieur de soi) mais également relationnelle (ce qui se passe entre les personnes) car elles ne sont pas innées. Le rôle de l’adulte est donc, notamment, de lui permettre de développer les compétences nécessaires pour s’adapter et trouver sa place dans la société, de lui donner les clés pour être bien dans sa vie afin de vivre une vie affective et sociale riche et enrichissante.

Ce qu’il est essentiel de retenir :

  • Chaque émotion a un sens, il ne faut pas chercher à la réprimer.
  • Chez un tout-petit qui pleure, vérifier en premier lieu que tous ses besoins sont satisfaits (nourriture, couche propre…). Puis le cas échéant, l’écouter et l’accompagner pour l’aider à libérer ses tensions, jusqu’au retour au calme.
  • Dans un premier temps, il est essentiel de laisser l’enfant décharger son émotion, sans tenter de le calmer en étant présent à ses côtés, en l’écoutant, en accompagnant ses larmes, en le serrant dans nos bras avec fermeté et tendresse jusqu’à la libération de l’émotion contenue.
  • Puis, lorsqu’il s’est calmé, l’aider à mettre des mots sur ce qu’il ressent et l’accompagner à exprimer ce qu’il éprouve (ex : « Qu’est-ce-qui se passe ? » « Qu’est-ce que tu ressens ? » « Qu’est-ce-qui te rend triste / en colère ? » « De quoi as-tu peur ? »…).
  • Un comportement excessif, déplacé ou peu ordinaire de l’enfant n’est pas un « caprice » ou une « comédie », mais plutôt une émotion bloquée, un besoin caché.

Quelques exemples de situations :

  • Face au refus d’un enfant : Favoriser l’écoute empathique, comprendre ce qu’il ressent en se mettant à sa place, pour refléter ce que l’enfant vient de dire, notamment son émotion, son désir ou son sentiment exprimé. Par exemple, lorsqu’un enfant ne veut pas dormir, il est possible de lui dire, sans commenter ni juger, « Tu as le droit de ne pas avoir envie de dormir, c’est vrai. Tu préfèrerais continuer à jouer, je peux le comprendre. », tout en continuant de le coucher. L’émotion de l’enfant est ainsi entendue, tout en évitant d’entrer directement dans un jeu de pouvoir. En effet, une réponse du type « Il faut bien que tu dormes pour être en forme », instaure plutôt un rapport de force. Au fur et à mesure, l’enfant acceptera de ressentir sa fatigue et se couchera plus facilement à l’heure dont il a effectivement besoin.
  • Lors d’une colère : L’enfant est subitement envahi par une immense énergie : il crie, pleure, tape des pieds, se roule par terre…
  • Accueillir l’émotion en se mettant à la hauteur de l’enfant pour l’écouter et accepter cette émotion. Cela est parfois difficile, notamment en public… mais une colère écoutée ne dure que quelques minutes au maximum.
  • Pour un tout-petit, le contenir dans nos bras ou maintenir le contact en restant tout près de lui (ce qu’il cherchera parfois à faire en donnant des coups, en mordant…).
  • Décrire ce que nous voyons : « Je vois que tu es en colère », « C’est dur d’accepter cela, je comprends que tu sois en colère », sans juger l’enfant lui-même.
  • Mettre des mots en reliant l’élément déclencheur et la réaction : « Tu es furieux(se) parce ce que… ».
  • Reconnaître le problème avec empathie : verbaliser ce qui cause la colère en se mettant à sa place « C’est vraiment rageant… », « C’est frustrant… ».
  • Permettre à l’enfant d’exprimer sa colère afin de respecter son émotion : proposer différentes options pour libérer les tensions, jusqu’à ce qu’il rétablisse le calme en lui. Exemples : proposer d’aller évacuer sa colère dans une autre pièce ou un coin dédié afin de lui donner un espace pour s’exprimer, avec un objet qui y est consacré (ex : coussin de la colère), faire le « ninja »...
  • Résoudre le problème en trouvant ensemble 10 choses à faire, en remplacement.
  • Admirer la situation à distance : plus tard (par exemple dans la soirée), rappeler à l’enfant ce qu’il s’est passé et comment la situation a été résolue ensemble. D’après la méthode « A.D.M.I.R.E.R – Les cahiers Filliozat – Colère et retour au calme (voir dans le Croq’Livres)

Toute colère est à respecter, qu’elle soit structurante ou déplacée selon nous, car elle signale un besoin exprimé par l’enfant. La réponse à la colère c’est : l’écoute de son émotion, le respect et l’empathie.

  • En cas de contrariété ou de petit bobo : Les adultes ont souvent tendance à consoler immédiatement l’enfant. Il est préférable de prendre le temps de l’écouter, en le prenant dans ses bras, et de lui disant que l’on a compris ce qu’il ressent « Je vois que tu as mal ». Il est même possible de l’encourager à pleurer pour soulager sa souffrance, évacuer toute cette tension afin de la traverser et de la dépasser. Les véritables pleurs « de libération » sont accompagnés de sanglots et de larmes et permettent ainsi d’éviter de se replier sur sa souffrance.
  • Valoriser et encourager chaque (petite) réussite : Féliciter et encourager un enfant permet de l’aider à conserver son aptitude à la joie, de l’inciter à répéter une conduite ou action, mais aussi de le motiver pour un nouveau challenge. Par exemple : le féliciter d’avoir réussi à mettre son pantalon ou ses chaussettes, plutôt que de relever le fait qu’il n’arrive toujours pas à s’habiller entièrement tout seul. Il se sentira alors fier de cette étape, ressentira la joie de ce succès, et aura de lui-même envie de continuer à persévérer.

Les émotions peuvent rester enfouies pendant des années, êtres contenues en mobilisant une part d’énergie psychique. Cette énergie n’est alors plus disponible pour s’épanouir, apprendre, établir des relations, travailler… Divers symptômes, sans lien direct apparent, peuvent apparaître (ex : (ré)apparition des pipis au lit, manifestations cutanées comme l’eczéma, agitation en classe, comportements violents…) ou ne sortir qu’à l’âge adulte (ex : conflits, échecs, erreurs, maladies…). Ainsi, aider l’enfant dès son plus jeune âge à traverser ses émotions sans dommage permet de l’accompagner dans la construction de sa confiance en lui, pour pouvoir faire face aux épreuves de la vie.

Quelques outils et activités pour accompagner les enfants (et les adultes !) dans l’expression de leurs émotions :

  • Pour apprendre à reconnaître les émotions :
    • Loto avec des images d’expressions : plusieurs personnes exprimant des émotions, Smileys/ Emoticônes, association de personnages à des photos…
    • Jeu de mimes : utiliser un miroir pour faire semblant avec son visage et/ou son corps
    • Jeu de dominos avec des images d’expressions pour se familiariser à leur reconnaissance
    • Jeux de cartes (ex : jeu des 7 familles)
    • Dés des émotions : faire rouler un dé comportant une émotion sur chaque face puis les deviner, les mimer…
    • Marionnettes, éventail des émotions (ex : https://www.bloghoptoys.fr/fantomes... , https://www.bloghoptoys.fr/leventai... ...)
    • Roue des émotions
    • Météo des émotions : « Aujourd’hui, je me sens… » à l’aide d’images, de marionnettes, d’une roue des émotions…
    • Réaliser des masques représentant les émotions
    • Film « Vice Versa » de Pixar Animation Studios (2015) : film d’animation permettant de comprendre les émotions à l’aide de cinq personnages : Joie, Peur, Colère, Tristesse et Dégoût.
    • Jeu de plateau inspiré du film « Vice Versa » (téléchargeable gratuitement sur internet)
    • Lecture et utilisation d’ouvrages de médiation (voir idées d’ouvrages dans la partie « Croq’Livres »)
  • Pour laisser une émotion s’exprimer et se libérer :
    • Aménager un « coin de sécurité » : un endroit dédié, accessible à tous, lorsque l’on se sent en colère, frustré, triste… pour se calmer, se recentrer, se ressaisir ou bien se relaxer.
    • Coussin de la colère : coussin uniquement réservé à l’expression de la colère que l’on peut taper, lancer, invectiver… afin de la libérer. Une bataille de polochon peut également permettre à tous de libérer les tensions de manière collective, le rire et la complicité les remplaçant assez vite (penser toutefois à écarter les objets fragiles !).
    • Sac à « boudage » où l’on y met toutes ses émotions et que l’on referme après les avoir exprimées.
    • Se concentrer sur sa respiration pour se calmer et se recentrer sur soi (voir encart ci-dessous)
    • Sentir sa puissance : par exemple faire le « ninja » en déchirant avec sa main une feuille de papier journal et en criant pour faire sortir son émotion.
    • Recevoir un câlin pour se sentir contenu et entouré
    • En parler avec une autre personne (ou plusieurs)
    • Utiliser un médiateur d’expression, par exemple artistique (dessin, peinture, pâte à modeler…)

La respiration

La manifestation de nombreuses émotions (ex : peur, tristesse, contrariétés…) se fait dans ventre, avec une tension localisée plus précisément au niveau abdominal. La respiration abdominale va permettre de faire passer cette tension et de retrouver progressivement un calme émotionnel. Pour cela, il faut imaginer un ballon qui se gonfle dans le ventre à l’inspiration, puis qui se dégonfle à l’expiration. Tout d’abord le visualiser en posant un objet sur le ventre en étant allongé (ex : un bateau en papier) ou bien en posant simplement ses mains dessus. Puis, continuer de le faire en fermant les yeux et en écoutant sa respiration qui va devenir de plus en plus lente, comme une vague. De plus, respirer de manière consciente, sans intention particulière ou de contrôle, permet de profiter de petit moments pour soi, même très courts. Cela peut aider à lâcher prise quelques instants, en laissant simplement faire sa respiration.

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